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Interview

Covid-19 : « Certains secteurs peinent à recruter même en temps de crise »

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700 000 jeunes diplômés de moins de 25 ans vont arriver sur le marché du travail en septembre 2020, dans un contexte économique encore incertain. La crise est palpable mais les jeux ne sont pas faits. Quelles sont les conséquences de la crise sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômés ? Cette jeune génération va t-elle payer un lourd tribu à la crise du Covid-19 ? Les réponses de Sacha Kalusevic, directeur senior chez PagePersonnel, cabinet de recrutement et de l’intérim spécialisés.


Quelles sont les conséquences de la crise du Covid-19 sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômés ?

Les entreprises vont progressivement tenter de redémarrer leur activité malgré une faible visibilité sur l’avenir. Deux scénario se profilent à l’horizon. Si la reprise de l’activité est rapide après le déconfinement, les entreprises pourront envisager de rattraper leur retard et compenser probablement les pertes. En revanche, si la crise économique persiste dans les prochains mois, les recrutements risquent de connaître une véritable baisse et le nombre de chômeur pourrait fortement augmenter pour atteindre environ 4 millions, contre 2,8 avant la crise. Cette hausse devrait particulièrement toucher les profils peu qualifiés, mais moins les cadres. Selon une étude de l’Apec, 180 000 à 210 000 cadres pourraient toutefois être embauchés en 2021. Les jeunes diplômés Bac+3/4/5 pourraient quand même tirer profit de cette crise.

Quels sont les secteurs qui recruteront des jeunes diplômés ?

Le matching entre l’offre et la demande a toujours joué un rôle important dans l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Le choix d’orientation n’étant pas toujours adapté à la réalité de la demande du marché. C’est un phénomène qui n’est pas nouveau mais qui est encore plus vrai en temps de crise. Peu attractifs ou boudés des jeunes, certains secteurs peinent à recruter car les candidats manquent à l’appel. C’est notamment le cas de la santé, de l’industrie (chimique, pharmaceutique...) et des services à la personne. Ces mêmes secteurs sont toujours très en demande et particulièrement en temps de crise sanitaire.

Les évolutions technologiques ont également un impact positif sur les recrutements dans le secteur de l’IT. Pour faire face à l’épidémie de Covid-19, les entreprises ont renforcé ou fait appel à des nouvelles méthodes de travail à distance, d’échanges sans contact. Pour orchestrer cette transformation numérique, les employeurs IT continuent de recruter.

La relation client devrait également poursuivre ses recrutements même si le marché sera sensiblement plus calme dans les prochains mois. On devrait particulièrement rechercher des commerciaux dans les secteurs de la santé, de l’agroalimentaire et des biens de consommation courante.

D’une manière générale, les profils techniques ne devraient pas avoir trop de mal à s’insérer.

Quels sont, à l’inverse, les domaines qui bouderont les profils débutants ?

Si certains secteurs vont poursuivre leurs recrutements de jeunes diplômés, d’autres pourraient lever le pied comme la communication, l’événementiel, le marketing, le juridique et les ressources humaines si la crise persiste. L’audit, l’expertise, la comptabilité-finance pourraient faire appel à des jeunes profils mais avec des volumes beaucoup plus limités qu’habituellement.

Comment faire face à cette situation inédite alors ? Vaut-il mieux retarder son entrée sur le marché du travail ?

Les jeunes peuvent envisager de se former encore une année pour laisser traverser la crise. Mais ils peuvent aussi s’orienter vers des domaines qui ont de réels besoins en se renseignant sur le marché du travail, en lisant la presse spécialisée, les sites emploi ou en échangeant avec des experts du recrutement ou des anciens jeunes diplômés. Si trouver un premier emploi semble compliqué dans le domaine de la communication, du luxe ou du marketing, les futurs candidats peuvent, par exemple, envisager d’entrer par une autre porte comme un point de vente ou intégrer une start-up plutôt qu’un grand groupe. Autre possibilité, ils peuvent se fixer une période de recherche d’emploi limitée dans le temps pour pouvoir rebondir plus rapidement et facilement après cette deadline. Il serait dommage de « perdre » un an dans une recherche qui n’aboutirait pas. Je conseille vivement aux jeunes candidats de se donner 5 mois pour trouver leur emploi de leur rêve et de revoir leur projet professionnel, une fois ce délai passé, pour le réadapter aux besoins du marché. D’autant plus que les concurrents seront nombreux.

Comment se démarquer face à cette concurrence ?

Les jeunes diplômés devront plus que jamais faire preuve d’adaptabilité, de combativité, de courage et d’humilité. Les jeunes candidats devront montrer également leur engagement, leur envie de s’investir dans l’entreprise. Le salaire ne devra pas être la principale motivation. Il faut par ailleurs multiplier les stages et l’alternance pour cumuler des expériences professionnelles significatives dans un même domaine pour ne pas s’éparpiller et de développer une véritable expertise qu’ils pourront mieux vendre par la suite.

Un dernier conseil ?

Pour trouver leur emploi, ils devront sûrement utiliser différents canaux de recherche et postuler en masse si le marché de l’emploi se durcit durant les prochains mois. ll faut également s’entrainer le plus possible, travailler son pitch pour être prêt(e) le jour de l’entretien d’embauche. La recherche d’un premier emploi est un job à temps plein !

Propos recueillis par Rachida Soussi

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